Vous préparez une expatriation ou une mobilité professionnelle vers la Chine ? Comprendre les différents noms historiques du pays aide à décoder les repères culturels, administratifs et linguistiques que vous rencontrerez, autant dans les démarches officielles que dans les usages du quotidien. Ce point n’est pas qu’un détail : derrière chaque appellation se joue une part de l’histoire et de la perception du territoire chinois, utiles pour saisir la logique locale mais aussi éviter certains faux pas lors des échanges avec des interlocuteurs chinois.
Origine du mot « Chine » dans les langues occidentales

Le mot « Chine », tel qu’il est utilisé dans les langues occidentales, trouve sa racine dans la dynastie Qin (221-206 av. J.-C.), dont le nom est passé en Inde sous la forme « Cīna » et s’est ensuite diffusé vers l’Occident par les routes commerciales terrestres et maritimes. Par ce transfert, le terme s’est progressivement adapté : les Grecs anciens parlaient des « Sinai », les Latins utilisaient « China » pour désigner ce vaste pays inconnu. Les historiens romains, comme Pline l’Ancien, évoquaient déjà ces terres riches en soie sous ce nom. Les routes de la soie ont largement contribué à imposer cette appellation, facilitant la circulation non seulement des marchandises mais aussi des références géographiques et linguistiques sur de longues distances.
Avec le développement du commerce européen dès la Renaissance, et notamment les contacts établis par les Portugais en Asie, « China » s’est progressivement imposé dans la majorité des langues occidentales. Ce terme ne reflète cependant qu’une partie de la réalité historique, chaque époque et chaque région ayant forgé ses propres désignations.
Les noms traditionnels en Chine et leur signification

En Chine, l’appellation la plus ancienne et la plus pregnante reste « Zhongguo » (中国), littéralement « pays du Milieu ». Cette expression date de l’époque des Zhou (XIe-VIIIe siècle av. J.-C.) et désignait alors les territoires considérés comme le centre civilisationnel de l’empire. Au fil des siècles, la notion s’est élargie à l’ensemble des terres sous contrôle chinois, véhiculant l’idée d’une centralité culturelle autant que géographique. Encore aujourd’hui, « Zhongguo » désigne officiellement la Chine, y compris dans le nom complet de la République Populaire de Chine : Zhonghua Renmin Gongheguo (中华人民共和国).
Ce choix de vocabulaire témoigne du poids de l’héritage historique : la langue et les institutions chinoises perpétuent le sentiment d’appartenance à une civilisation ancienne, structurée autour d’un pôle central réputé pour ses valeurs et sa stabilité. Pour l’expatrié ou le résident, comprendre cet usage vous permet de décrypter de nombreux référents dans les documents officiels, les discussions de quartier ou encore les supports éducatifs.
Autres noms historiques et poétiques de la Chine
- Serica : utilisé dans l’Antiquité gréco-romaine, ce nom signifie « pays de la soie ». Il pointe la position centrale de la Chine dans la production et le commerce de cette matière précieuse.
- Cathay : issu du peuple Khitan et relayé en Europe à travers les récits de Marco Polo, il désignait principalement le nord sous domination mongole.
- Manzi : utilisé à l’époque de la dynastie Song (sud de la Chine), ce terme est apparu dans un contexte d’opposition entre le nord et le sud, souvent chargé d’une connotation différenciatrice.
- Zhōnghuá (中华) : traduit par « Chine civilisée », ce terme enracine la notion d’unité culturelle et d’excellence. Il est repris dans des dizaines d’expressions du quotidien, du vocabulaire institutionnel aux références identitaires modernes.
- Chixian Shenzhou : signifiant « Terre des immortels et du divin », ce registre littéraire valorise la grandeur spirituelle du territoire.
| Nom historique | Origine/Contexte | Période d’usage |
|---|---|---|
| Zhongguo | Chine ancienne (centrée sur la plaine du Fleuve Jaune) | Depuis l’époque des Zhou à aujourd’hui |
| Serica | Marchands gréco-romains (commerce de la soie) | Antiquité classique |
| Cathay / Kitay | Khitans, Mongols, voyageurs européens | Moyen Âge (XIIIe-XVe s.) |
| Manzi | Chine du Sud sous les Song | Moyen Âge, période mongole |
| Zhōnghuá | Mythologie, rassemblement ethnique Han | Antiquité à aujourd’hui |
La Route de la soie comme vecteur de diffusion des noms
Les routes commerciales entre l’Asie et l’Europe n’ont pas seulement permis aux biens de circuler : elles ont aussi assuré la transmission des représentations et des noms de la Chine. Les appellations « Cīna », « Serica » puis « Cathay » se sont propagées en même temps que les marchandises, portées par des marchands, moines, diplomates et explorateurs. Les récits de Marco Polo ou les chroniques arabo-persanes montrent comment ces noms se sont adaptés selon la perception locale et le contexte géopolitique de chaque région traversée.
Ce mouvement de circulation explique la diversité actuelle des appellations en vigueur autour de la Chine : chaque contexte linguistique a retenu une version influencée par ses propres échanges historiques.
Différences régionales et culturelles : comment la Chine est-elle désignée ?
- En Russie et dans une partie de l’Asie centrale : Kitay (provenant des Khitans)
- Dans les langues indiennes : Chin (hérité du sanskrit « Cīna », via les liens bouddhistes et marchands)
- En Asie du Sud-Est et de l’Est : variantes du mot « Zhongguo » (Jungguk en coréen, Trung Quốc en vietnamien), reflet de l’influence culturelle et politique exercée par la Chine sur ses voisins
- Dans le monde arabo-musulman : Sin, diffusé dès la dynastie Tang et associé à la prospérité et à l’échange commercial
Usage contemporain et évolution des noms officiels
Depuis 1949, le nom officiel « Zhonghua Renmin Gongheguo » intègre à la fois la dimension historique (Zhonghua), populaire et républicaine. C’est également le cas dans de nombreux usages institutionnels et identitaires. L’Etat chinois valorise la continuité entre passé et présent par le maintien de ces appellations dans la langue officielle, les médias, l’éducation et les documents publics.
Inversement, pour les contacts internationaux, « China » demeure l’appellation standardisée, aboutissement d’une longue influence européenne sur la désignation globale du pays.
Pourquoi connaître ces noms reste structurant pour l’expatrié
Savoir distinguer ces noms et leurs usages permet d’éviter de nombreux malentendus dans les échanges professionnels, administratifs ou quotidiens. À travers eux, se lisent les visions du monde portées par la société chinoise et par ses partenaires historiques : l’image d’un centre civilisationnel, d’une terre de richesses et de savoir, ou au contraire d’un espace à découvrir sous l’angle de l’échange. Malgré la diversité des prononciations, ces appellations expriment la persistance d’une puissance d’attraction, tout en révélant les multiples regards portés sur la Chine à travers l’histoire.
Pour mieux comprendre les subtilités culturelles et historiques, découvrez la différence entre Beijing et Pékin : comprendre l’origine, l’usage et les enjeux pour les francophones.
Pour mieux comprendre les subtilités culturelles et historiques, découvrez comment appelle-t-on le peuple chinois et les origines de ces dénominations.
Pour mieux comprendre les nuances culturelles et historiques, découvrez pourquoi les Français disent Pékin et pas Beijing, une question liée à l’évolution des noms et des usages linguistiques.
Ce panorama des noms anciens vous aidera donc à naviguer entre légendes et usages réels, à interpréter correctement les références rencontrées et à situer la Chine contemporaine dans la profondeur de son histoire langagière.
- Vous souhaitez partager votre perception ou une expérience vécue sur l’usage des noms historiques en Chine ? Laissez votre avis ou racontez une anecdote dans les commentaires : la diversité des regards nourrit la compréhension collective.
- Si ce dossier vous a été utile, pensez à le transmettre à d’autres francophones arrivant ou vivant en Chine : il peut aider à préparer le terrain culturellement et à gagner du temps dans le décodage des références.
Quelles autres questions souhaiteriez-vous explorer sur les notions historiques et les repères culturels de la Chine d’aujourd’hui ? Signalez vos attentes, elles nourriront les prochaines publications sur d66.org.
Pour approfondir : consulter les bases de l’Institut Ricci, les dossiers de la Bibliothèque numérique chinoise ou les pages sur l’histoire des noms de la Chine de la BBC News et du CNRS.
Texte rédigé par Julie Lambert, sinologue et consultante interculturelle, spécialiste des mobilités francophones en Chine.
